Inondations : la Côte d’Azur tente de mesurer les dégâts, toujours deux disparus

© afp.com - VALERY HACHE

Routes endommagées, trains toujours perturbés, agriculteurs désemparés : la Côte d’Azur tentait lundi de mesurer l’étendue des dégâts causés par les pluies exceptionnelles et les inondations qui ont fait au moins quatre morts et deux disparus au cours du week-end et relancé la polémique sur le bétonnage des sols.

Dans le Var, ces deux personnes disparues étaient toujours recherchées lundi : un septuagénaire sorti inspecter sa maison à Saint-Antonin-du-Var et pour lequel la gendarmerie a organisé en vain une battue avec l'appui d'un hélicoptère, de chiens et de nombreux bénévoles; et un homme qui avait pris sa voiture entre Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var) et Seillons-Source-d'Argens samedi et n'a plus donné signe de vie depuis.

Les intempéries ont fait quatre morts : trois d'entre eux, otages de leurs véhicules submergés, et un quatrième noyé lorsque l'embarcation des pompiers qui l'avaient secouru a chaviré.

Dans les Alpes-Maritimes et le Var, où l'alerte rouge avait été déclenchée samedi et les sirènes actionnées, les déplacements restaient compliqués lundi. Le trafic ferroviaire n'était toujours pas revenu à la normale, occasionnant "beaucoup de retard et des trains annulés", selon la SNCF.

S'il est encore "trop tôt" pour une estimation chiffrée des dégâts selon la Région, une trentaine de communes du Var ont déjà fait remonter des demandes de reconnaissance d'état de catastrophe naturelle dans le cadre de la procédure accélérée, selon la préfecture.

Le conseil départemental des Alpes-Maritimes a quant à lui annoncé au moins 7 millions d'euros d'aide pour les sinistrés, les agriculteurs, et surtout, pour la réparation d'ouvrages publics endommagés.

Les deux départements, où 500 foyers étaient privés d'électricité lundi en milieu de journée selon Enedis, ont été touchés entre vendredi et dimanche par des pluies diluviennes. Des vagues impressionnantes ont déferlé sur le littoral et de nombreux cours d'eau ont débordé. A certains endroits du Var, il est tombé l'équivalent de deux à trois mois de pluie en 24 à 48 heures.

La plus grosse crue a été celle de l'Argens qui a débordé, montant à plus de sept mètres dans la nuit de samedi à dimanche à Roquebrune-sur-Argens, un niveau de crue "qu'on ne retrouve que tous les 50 ans", selon le patron du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) du Var.

"Tout est perdu, je ne sais plus quoi faire", s'est désespéré auprès de l'AFP Stéphane Morsea, 52 ans, dont l'entreprise de maraîchage emploie une trentaine de salariés à Puget-sur-Argens. C'est en canoë qu'il est allé inspecter ses champs ravagés.

"Ce sont des hauteurs d'eau jamais vues, un tsunami. Le bitume de la route s'est soulevé et est parti dans mon champ (des jeunes pousses de mesclun, ndlr), quelle culture peut résister à ça ? Il y a 70 cm d'eau dans l'entrepôt, les machines de conditionnement sont inondées, il faut les renvoyer pour changer l'électronique. Si on actionne l'assurance, ils vont nous éjecter", a-t-il poursuivi, évoquant le cas de sa précédente compagnie qui avait cessé de l'assurer après les inondations catastrophiques de 2010.

L'Etat joue double jeu et ce sont toujours les mêmes qui morflent en aval", a fustigé de son côté Sylvain Audemard, secrétaire général de la FDSEA du Var, dénonçant l'urbanisation débridée, notamment au Muy selon lui, au lendemain de la venue sur place du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Ce dernier a reconnu des "fautes d'aménagement" tout en assurant qu'il y avait désormais une prise de conscience des élus quant aux risques provoqués par l'urbanisation et l'imperméabilisation des sols.

"On bétonne et on s'étonne", a critiqué France Nature Environnement, en dressant une liste noire des permis de construire et les ouvertures à l'urbanisation accordée dans les deux départements inondés, par exemple pour un projet d'hôtel à Cogolin ou un nouveau centre commercial entre Nice et Cannes.

"Il est consternant qu'aucune leçon ne soit tirée de ces drames qui se répètent pourtant chaque année", a dénoncé l'association.

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