Naufrage du "Grande America" : des matières dangereuses et du fioul lourd à bord

© afp.com - Fred TANNEAU

Le navire italien "Grande America", qui a sombré mardi au large de La Rochelle, transportait des matières dangereuses ainsi que 2.200 tonnes de fioul lourd, faisant craindre une possible pollution des côtes françaises "dans les prochains jours", a annoncé mercredi le préfet maritime de l’Atlantique.

"Les données fournies par l'armateur recensent 365 conteneurs, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses et un peu plus de 2.000 véhicules. En dehors de cette cargaison, les soutes du navire contiennent environ 2.200 tonnes de fioul lourd", a indiqué le vice-amiral d'escadre Jean-Louis Lozier, lors d'une conférence de presse à Brest.

"A l'heure actuelle, le risque éventuel de pollution est principalement constitué par les 2.200 tonnes de fioul lourd", a-t-il ajouté, assurant que la façade entre la Charente-Maritime et la Gironde risquait d'être touchée par une éventuelle pollution "dans plusieurs jours".

"A ce stade nous n'avons pas détecté de pollution remontant, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas", a-t-il déclaré, précisant que la mer était de force 7 dans la zone où a sombré le navire, dont les 27 occupants --26 membres d'équipage et un passager-- ont été secourus sains et saufs dans la nuit de dimanche à lundi par une mer démontée alors que le bâtiment subissait un violent incendie.

Le préfet a une nouvelle fois mis en demeure mercredi matin l'armateur, Grimaldi Group, de "mettre fin au danger pour la navigation et l'environnement marin représenté par les conteneurs et autres éléments à la dérive" et de "traiter les éventuelles pollutions maritimes".

L'armateur devra ainsi mener des investigations sur l'épave afin de déterminer dans quel état elle se trouve et notamment si ses cuves sont percées.

Le navire a sombré mardi après-midi à 333 kilomètres à l'ouest de La Rochelle par 4.600 mètres de fond, ce qui risque de rendre compliquées les éventuelles opérations de pompage, a concédé le préfet maritime.

- Surveillance satellitaire -

Concernant les conteneurs renfermant les matières dangereuses, M. Lozier a assuré avoir reçu de l'armateur "un inventaire complet" de leur contenu, dont une centaine de tonnes d'acide chlorhydrique et quelque 70 tonnes d'acide sulfurique.

L'éventuelle pollution qui pourrait être causée par ces produits "serait très localisée", a assuré le vice-amiral d'escadre. "La dilution dans l'espace océanique n'entrainerait pas de conséquences graves pour l'environnement", a-t-il ajouté, soulignant qu'une grande partie de ces produits avaient vraisemblablement déjà brulé.

Le "Grande America", un navire hybride entre un roulier et un porte-conteneurs, d'une longueur de 214 mètres, était en provenance de Hambourg (Allemagne) et devait se rendre à Casablanca (Maroc) quand un incendie s'est déclaré à son bord dimanche soir.

"Pour l'instant, je n'ai aucune idée des raisons pour lesquelles l'incendie s'est déclaré", a indiqué le préfet maritime, ajoutant avoir été informé d'un incendie dans le garage puis ensuite d'un feu sur un conteneur.

Le navire transportait des conteneurs en pontée et des véhicules dans ses ponts-garages. "Une quarantaine de conteneurs sont tombés à la mer avant le naufrage. La plupart d'entre-eux ont été fortement endommagés par l'incendie et ont vraisemblablement coulé", a précisé M. Lozier.

Des vols quotidiens d'avions de surveillance maritime de la Marine nationale et des douanes ont été programmés afin de repérer d'éventuels conteneurs qui n'auraient pas coulé et d'éventuelles traces de pollution. La surveillance se fera également via satellite grâce à l'Agence européenne de sécurité maritime (EMSA).

L'association Robin des Bois entend porter plainte pour pollution et abandon de déchets auprès du tribunal de grande instance de Brest. "2.000 véhicules, c'est une casse automobile au fond de la mer représentant des centaines de tonnes de matières toxiques dans une zone très riche en poissons, plancton et mammifères marins", s'est insurgé auprès de l'AFP Jacky Bonnemains, porte-parole de l'ONG, disant craindre aussi une éventuelle pollution du littoral.

mots clés de l'article : transport , environnement , accident , maritime

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