Retraites : la mobilisation continue, Philippe insiste sur l’équilibre financier

© afp.com - Antoine BOUTHIER, Patrick VALASSERIS

Les syndicats opposés à la réforme des retraites ont organisé mardi une nouvelle journée de mobilisation, Édouard Philippe insistant de son côté sur la nécessité d’une "mesure d’âge" pour atteindre l’équilibre financier du système.

A Paris, Metz, Montpellier, Marseille, Dieppe ou Rennes, un peu partout en France, des manifestations ont été organisées à l'appel de l'intersyndicale CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires et FSU, qui continue de réclamer le retrait total du projet de réforme de retraite par points.

Les manifestants étaient peu nombreux (1.700 à Lyon, 1.200 à Tours ou 700 à Strasbourg, selon la police) mais motivés. Sur les pancartes, on pouvait lire: "En marche ou grève", "Métro boulot caveau", "la météo est pourrie et la réforme aussi".

Les manifestants ne se satisfont pas du "compromis" trouvé entre le gouvernement et les organisations "réformistes" CFDT, CFTC et Unsa autour du retrait à court terme de l'âge pivot.

- "Mesure d'âge" -

Une "conférence sur l'équilibre et le financement des retraites" doit se mettre en place entre les partenaires sociaux pour faire des propositions pour équilibrer le système.

Édouard Philippe a dit "penser" mardi qu'elle proposerait à la fin de ses travaux "une mesure d'âge". "Car je ne vois pas comment, sinon, on pourrait arriver à l'équilibre financier en 2027", a-t-il assuré lors des questions au gouvernement.

Toujours est-il que le projet de loi autorisera le gouvernement à prendre par ordonnance "toute mesure" permettant d'atteindre un équilibre, y compris en modifiant l'"âge d'ouverture des droits à retraites", selon la saisine rectificative envoyée au Conseil d’État, dont l'AFP a obtenu copie.

A Pau, le président de la République a promis de "continuer à expliquer et concerter" sur ce projet. "Quand on prend la peine d'expliquer et d'écouter, on peut lever beaucoup d'ambiguïtés", a dit Emmanuel Macron, alors que des avocats ont profité de ce déplacement pour organiser une manifestation afin de réclamer que leur régime spécial ne soit pas supprimé.

"Plus les jours passent, plus personne n'est capable d'expliquer la simplicité de cette réforme!", a raillé de son côté le numéro un de la CGT, Philippe Martinez.

Six Français sur dix disent toujours soutenir la mobilisation, une proportion qui varie très peu depuis début décembre, selon le baromètre Harris Interactive RTL AEF Info réalisé le 13 janvier.

- "Ports morts" -

Sur le front des transports, l'amélioration continue. La SNCF prévoit mercredi 80% des TGV et TER, ainsi que 75% des Transilien en circulation alors que la RATP annonce "de nouvelles améliorations sur les réseaux métro et RER".

Le taux de grévistes à la SNCF est remonté mardi à 6%, avec un quart (24,8%) des conducteurs de train en grève.

A la RATP, certaines assemblées générales ont reconduit la grève jusqu'à vendredi. Mais de nombreux grévistes ne cachent plus leur lassitude.

Dans l'éducation, le taux de grévistes était de 4,35% dans le primaire et 4,24% dans le secondaire (collèges et lycées), selon le ministère.

Une opération "ports morts" a été lancée par la CGT jusque vendredi. Le mouvement est massivement suivi sur les sept grands ports maritimes (Dunkerque, Le Havre, Rouen, Nantes-Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux et Marseille), selon Tony Hautbois, secrétaire général de la fédération CGT des Ports et Docks.

Le site de traitement des déchets d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), qui collecte et traite les ordures de plus d'un million et demi d'habitants, était bloqué mardi.

A Besançon, des techniciens ont basculé "environ 32.000 clients en heures creuses et pratiqué des coupures momentanées d'électricité", a indiqué la CGT.

A la Banque de France, la grève d'agents de sécurité et d'opérateurs a continué dans les deux plus gros centres fiduciaires à la Courneuve (Seine-Saint-Denis) et Sainghin-en-Mélantois (Nord). Le site de fabrication du papier pour billets, à Vic-le-Comte, et l'imprimerie de Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, ont également connu des débrayages.

Pendant ce temps, les concertations se poursuivent. La ministre du Travail Muriel Pénicaud a réuni les partenaires sociaux pour discuter pénibilité et emploi des seniors, afin de dégager de "grandes orientations" avant la présentation du projet en Conseil des ministres le 24 janvier.

Mais du côté de la fonction publique, la CGT, FO et Solidaires ont décidé de boycotter les réunions bilatérales programmées cette semaine sur la question de la pénibilité avec leur secrétaire d'État, Olivier Dussopt.

Le projet doit être débattu à l'Assemblée à partir du 17 février, mais mardi, les oppositions de gauche comme de droite ont contesté les conditions de l'examen. Le patron des LR Damien Abad a souligné la difficulté d'organiser des débats avec le volet financement remis à plus tard, du fait du retrait provisoire de l'âge pivot. Jean-Luc Mélenchon, le chef de file des députés insoumis, a proposé à la gauche une motion de censure contre le gouvernement.

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