Crash en Ethiopie : les boîtes noires réceptionnées en France

© afp.com - TONY KARUMBA

Les boîtes noires du Boeing 737 MAX qui s’est écrasé dimanche en Ethiopie ont été réceptionnées en France par une agence spécialisée chargée d’en extraire les données pour le compte des enquêteurs éthiopiens, à la suite du crash et de l’immobilisation de tous les avions du même modèle dans le monde.

Elles ont été recueillies en début d'après-midi par les enquêteurs du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), un organisme public français, qui doit assister les autorités éthiopiennes "pour l'analyse des FDR et CVR", les deux boîtes noires de l'appareil.

L'Éthiopie ne dispose pas en effet de l'équipement nécessaire pour les examiner.

Selon un tweet du BEA, le "travail technique" sur les enregistreurs débutera vendredi.

L'organisme américain chargé de la sécurité dans les transports (NTSB) a de son côté annoncé avoir dépêché trois enquêteurs en France pour participer aux travaux d'enquête.

Les enquêteurs du BEA participent à plusieurs centaines d'enquêtes par an, dont environ 200 en France, sur des accidents graves mais aussi de simples incidents ayant affecté la sécurité de passagers.

Le BEA a précisé que les autorités éthiopiennes communiqueraient elles-mêmes "sur les progrès de l'enquête". Ethiopian Airlines a indiqué pour sa part sur son compte Twitter que désormais "tout développement concernant (le vol) ET 302 serait publié sur son site Internet et sur les réseaux sociaux".

Le décryptage des boîtes noires contenant les paramètres du vol, pour l'une, et les conversations et alarmes du cockpit, pour l'autre, ainsi que l'interprétation de ces données, demande une grande expertise.

Elles ont été "endommagées" pendant l'accident, le Boeing d'Ethiopian Airlines ayant été pulvérisé à l'impact, selon Dan Elwell, responsable par intérim de la FAA, le régulateur aérien américain.

Le crash de l'avion près d'Addis Abeba, qui a fait 157 morts, est le second en moins de six mois pour le Boeing 737 MAX 8. Dans des circonstances similaires, un avion du même type de la compagnie Lion Air s'était abîmé en mer au large de l'Indonésie en octobre, faisant 189 morts.

Mercredi, le président américain Donald Trump a fini par céder à la pression en annonçant que tous les Boeing 737 MAX 8 et 9 allaient être cloués au sol aux États-Unis. Il s'est ainsi rallié au consensus international sur ce nouvel avion du constructeur américain.

- Rassurer le public -

Le PDG de Boeing Dennis Muilenburg a de son côté renouvelé sa "confiance totale en la sécurité du 737 MAX", tout en affirmant que la recommandation d'immobiliser temporairement ces avions était à l'initiative du constructeur pour rassurer le grand public.

L'interdiction de vol pour un avion récent est un camouflet inédit dans l'histoire de l'aviation civile. Mais elle ne devrait pas perturber sérieusement le trafic aérien mondial: quelque 370 appareils de cette famille volent dans le monde aujourd'hui, sur environ 19.000 avions d'au moins 100 passagers en service au niveau international, tous modèles confondus, selon des données d'Airbus.

"Aucune compagnie ne dispose d'avions en stock. Et chaque avion est prévu dans un programme de vols" organisé longtemps à l'avance avec des équipages dédiés, explique néanmoins Addison Schonland, expert du transport aérien.

La question de la durée de l'immobilisation de l'appareil de Boeing se pose toutefois, alors que l'appareil représente environ 78% du carnet de commandes de l'avionneur américain (5.826 avions actuellement).

Cette décision est justifiée par de nouvelles données satellitaires, collectées, analysées et fournies par le Canada, selon la FAA, le régulateur aérien américain.

Les experts ont comparé le profil des vols d'Ethiopian et de Lion Air et constaté "des parallèles" dans leurs trajectoires, dépassant "un seuil de ressemblance quant aux causes possibles de l'écrasement en Ethiopie", avait expliqué le ministre canadien des Transports Marc Garneau.

L'enquête de l'accident de Lion Air a pour le moment mis en cause un dysfonctionnement sur le système de stabilisation en vol destiné à éviter un décrochage de l'avion, le "MCAS" (Maneuvering Characteristics Augmentation System).

Plusieurs pilotes américains avaient eux-mêmes rapporté en octobre et novembre, sur une base de données anonymes de la NASA, avoir été confrontés à un dysfonctionnement du MCAS. Ils ont toutefois réussi à éviter un accident car ils avaient été informés et entraînés à faire face à ce problème.

Dans un entretien à CNN, le PDG d'Ethiopian Airlines Tewolde GebreMariam, qui a lui aussi relevé les similarités avec la catastrophe de Lion Air, a assuré que les pilotes de l'appareil avaient reçu une nouvelle formation sur les particularités du 737 MAX 8 après l'accident de la compagnie indonésienne.

Comme dans le cas de Lion Air, la chute du Boeing d'Ethiopian Airlines a eu lieu peu de temps après le décollage. Les deux appareils ont connu des montées et des descentes irrégulières juste après avoir décollé.

mots clés de l'article : transport , aviation , ONU , Kenya , accident , Ethiopie

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