D’après une étude de l’Insee

Mayotte : un emploi pour trois adultes

Mayotte photo imaz press

En 2018, parmi les habitants de Mayotte âgés de 15 à 64 ans, un tiers seulement a un emploi. Un autre tiers souhaitent travailler, le tiers restant étant majoritairement étudiants, femmes et hommes au foyer. Même si cette situation est inchangée par rapport à 2009, les créations d’emplois ont été importantes ces dix dernières années, notamment dans la fonction publique d’État. Le secteur privé offre en revanche toujours peu d’emplois, alors que la population en âge de travailler progresse fortement. Les jeunes, les natifs de l’étranger et les femmes accèdent encore plus rarement que les autres à un emploi. Par ailleurs, les habitants de Mayotte qui souhaitent travailler font plus souvent qu’avant des démarches de recherche d’emplois.

Entre 15 à 64 ans, une personne sur trois est en emploi. Ce taux d’emploi est deux fois plus faible qu’en métropole (32 % contre 66 %) et reste loin derrière celui de la Guyane (44 %).

Le taux d’emploi reste stable depuis la départementalisation

En effet, bien que l’emploi soit très dynamique sur la période ( 13 200 emplois), la population en âge de travailler progresse au même rythme. Entre 2009 et 2018, 40 000 habitants de Mayotte supplémentaires sont en âge de travailler, les trois quarts étant nés à l’étranger, pour la plupart aux Comores. Les créations d’emplois sont particulièrement importantes dans la fonction publique d’État. Jeunesse de la population et développement des institutions suite à la départementalisation créent des besoins importants dans l’éducation et l’administration. Ainsi, sur les 13 200 emplois créés entre 2009 et 2018, 8 400 le sont dans la fonction publique d’État.

En revanche, dans les collectivités territoriales, l’emploi ne progresse pas entre 2009 et 2018. Certes, la création d’emplois y est dynamique de 2015 à 2017 grâce au développement des contrats aidés : les collectivités territoriales, et en particulier les communes, en sont en effet les principaux employeurs. Mais depuis le 1er trimestre 2017, les contrats aidés ont diminué de moitié, malgré la montée en charge progressive des nouveaux contrats aidés appelés "Parcours Emploi Compétences" (PEC).

Peu de salariés dans le secteur privé

Les emplois publics (fonction publique d’État, collectivités territoriales ou hôpital) sont aussi présents à Mayotte qu’ailleurs par rapport à la population en âge de travailler : parmi les Mahorais âgés de 15 à 64 ans, 15 % travaillent dans le secteur public contre 16 % en Guyane et 13 % en métropole. l’inverse, les emplois privés y sont nettement moins développés : ils occupent 17 % des Mahorais en âge de travailler contre 28 % en Guyane et 53 % en métropole.

Ce sont les salariés en entreprise qui restent plus rares qu’ailleurs, même si leur nombre augmente entre 2009 et 2018 (3 300 emplois). Parmi les Mahorais en âge de travailler, seuls 9 % sont salariés en entreprise. Ils sont deux fois plus présents en Guyane (18 %) et cinq fois plus en métropole (43 %).

Quant aux non-salariés et aux employés à domicile (ménage, jardinage ou maçonnerie pour un particulier), ils sont tout autant présents à Mayotte qu’ailleurs : parmi les Mahorais en âge de travailler, 8 % sont non-salariés ou employés à domicile, contre 9 % en Guyane et en métropole.

Largement occupés par des natifs de l’étranger, ces emplois sont fréquemment des emplois informels. Les deux tiers des non-salariés exercent leur travail sans avoir effectué de formalités d’inscription ou aident leur famille sans rémunération. Les trois quarts des employés à domicile ne reçoivent pas de fiche de paie.

Ceux qui souhaitent travailler font plus souvent des démarches pour trouver un emploi

L’emploi restant rare, 36 % des habitants en âge de travailler sont sans emploi et souhaitent travailler, comme en 2009. Toutefois, ils sont de plus en plus nombreux à accomplir des démarches pour trouver un emploi, par exemple en contactant Pôle Emploi, en faisant une candidature spontanée ou en s’adressant à leur entourage.

Ils sont ainsi plus souvent considérés comme chômeurs au sens du Bureau International du travail (BIT) : la part de chômeurs augmente et passe de 7 % en 2009 à 18 % en 2018 (figure 3). En parallèle, les Mahorais qui souhaitent travailler mais qui ne sont pas considérés comme chômeurs, majoritairement parce qu’ils ne font aucune démarche de recherche d’emploi, sont de moins en moins nombreux.

Ils constituent le "halo" autour du chômage, qui diminue de 28 % en 2009 à 18 % en 2018. Qu’ils soient au chômage ou dans son halo, ceux qui souhaitent travailler sont trois fois plus nombreux à Mayotte qu’en métropole (10 %), et un peu plus nombreux qu’en Guyane (30 %).

Conséquence de ce passage d’inactifs du halo vers le chômage, la population active augmente : le taux d’activité des Mahorais passe de 39 % en 2009 à 50 % en 2018. Il se rapproche ainsi du taux d’activité guyanais (55 %), mais reste loin derrière celui observé en métropole (72 %).

Parallèlement, les inactifs qui ne souhaitent pas travailler forment toujours une part importante de la population en âge de travailler (32 %). C’est plus qu’en Guyane (26 %) et qu’en métropole (24 %).

En effet, vu la jeunesse de la population mahoraise, les étudiants y sont plus nombreux qu’ailleurs (20 % de la population en âge de travailler contre 15 % en Guyane et 14 % en métropole). Les autres inactifs, essentiellement des femmes ou des hommes au foyer, forment un dixième de la population en âge de travailler, que ce soit à Mayotte ou ailleurs.

Jeunes, natifs de l’étranger et femmes, plus vulnérables face à l’emploi

La situation des jeunes demeure préoccupante, même si elle s’améliore légèrement. Qu’ils soient au chômage ou dans son halo, ils sont moins nombreux à souhaiter travailler en 2018 (30 % contre 35 % en 2009), car ils sont plus souvent en étude ou en formation (46 % en 2018 contre 41 % en 2009).

En revanche, ils sont toujours aussi rarement en emploi (13 % contre 15 %). En Guyane, les jeunes qui souhaitent travailler sont aussi nombreux qu’à Mayotte (32 % contre 35 %). Toutefois, les jeunes sont plus souvent en emploi (23 % contre 13 %).

Les natifs de l’étranger sont eux aussi davantage touchés par la faiblesse de l’emploi. Seuls 23 % des natifs de l’étranger en âge de travailler ont un emploi en 2018 ; c’est encore moins qu’en 2009 (26 %). La moitié d’entre eux souhaitent un emploi, qu’ils soient chômeurs (24 %) ou dans le halo (28 %).

En Guyane, la situation des natifs de l’étranger, majoritairement du Brésil, du Surinam ou d’Haïti, est elle aussi davantage dégradée que pour les autres habitants de Guyane, mais de manière moins prononcée qu’à Mayotte : 33 % d’entre eux ont un emploi (contre 23 % à Mayotte) et 44 % souhaitent un emploi (contre 52 %). De plus, à Mayotte, les natifs de l’étranger accèdent peu à la formation : entre 15 et 64 ans, seuls 8 % d’entre eux suivent des études ou une formation alors que 19 % des natifs de l’étranger en Guyane sont étudiants.

Si les natifs de Mayotte sont plus souvent en emploi (38 %), l’écart avec le taux d’emploi national (66 %) reste très important. De plus, leur accès à l’emploi n’a que peu progressé (35 % en 2009).

Contrairement aux natifs de l’étranger, ils sont nombreux à être étudiants ou en formation (35 % contre 8 %). Contrairement aux natifs de l’étranger, ils sont nombreux à être étudiants ou en formation (35 % contre 8 %)

Les femmes sont un peu plus souvent en emploi qu’auparavant : c’est le cas de 25 % d’entre elles en 2018, contre 22 % en 2009. l’inverse, chez les hommes, le taux d’emploi se dégrade légèrement, passant de 43 % en 2009 à 41 % en 2018. Néanmoins, les femmes sont toujours beaucoup moins souvent en emploi que les hommes.

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