Toute la filière maraîchère est impactée

Chaleur et légumes ne font pas bon ménage

photo RB imaz press reunion

Les très hautes températures des dernières semaines ont eu un fort impact sur les fruits et les légumes à La Réunion. Manque d’eau, pertes financières... les conséquences pour les maraîchers sont lourdes, et cela se ressent jusque sur les étals des marchés.

Salades, chouchous, concombres, tomates... autant de légumes impactés par la chaleur. La Réunion a battu des records de températures, dépassant de loin les normales saisonnières. Au mois de janvier notamment, le thermomètre affichait 2 ou 3 degrés de plus que les années passées. Le 25 janvier a été une journée hors normes : 37 degrés enregistrés à Trois-Bassins, un record absolu.

C’est l’ensemble de la production maraîchère qui est touché. Jean-Michel Moutama, maraîcher à Saint-Pierre, en a fait les frais avec ses tomates. "Je récolte 2 à 3 tomates par grappe au lieu de 6-7 ". Soit une baisse de 60%. "Ces problèmes de quantité, on les a observés un peu partout", explique Jean-Max Payet, directeur du Marché de gros de Saint-Pierre. " Le littoral a énormément souffert de la chaleur et des zones comme Salazie ont été très impactées. "

Un été très chaud

Un phénomène rare ? Pas tant que ça, les hautes températures étant communes à La Réunion aux mois de janvier et février. Mais c'est la chaleur dans les hauts qui a surpris tout le monde. "On est beaucoup moins habitués à voir ça autant en altitude", explique Eric Lucas, le responsable du département Diversification végétale de la chambre d’agriculture. "On sait bien chaque été que les tomates qui poussent sous 400 mètres de hauteur risquent d’être impactées par la chaleur, mais normalement au-dessus de cette barrière, les légumes s’en sortent mieux".

Dommage collatéral de cette chaleur pesante : la prolifération des mouches. "On a observé plus d’attaques parasitaires sur les légumes qui poussent dans les champs", affirme Eric Lucas. C’était le cas notamment à la Plaine des Cafres, zone davantage envahie par les volants cette année.

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Un manque drastique d’eau

Faute de pluie, il faut trouver d’autres moyens d’irriguer. Mais tout le monde ne peut pas se le permettre. "La gestion de l’eau peut être compliquée dans ce cas", explique Jean-Max Payet. "Beaucoup de maraîchers ont des réserves d’eau suffisantes mais ce n’est pas le cas de tous. Et au bout d’un moment, il faut fermer les vannes, on ne peut pas arroser sans interruption".

Autre impact pour les maraîchers : le manque de précipitations touche les prairies et donc les élevages. "A Piton Bleu par exemple, certains éleveurs voient bien que dans leurs pâturages, les vaches ont une herbe moins dense, car moins arrosée tout simplement".

Il faut donc s’organiser autrement. "Il y a deux solutions pour les maraîchers. Soit ils évitent de planter pour limiter la casse, soit ils plantent d’autres fruits ou légumes pour compenser les pertes". Par exemple, le melon résiste beaucoup mieux à la chaleur. Au niveau des plantations, la canne à sucre, elle, est peu impactée pour le moment. "Elle pourrait l’être si la sécheresse continue", explique Jean-Max Payet.

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Perturbations dans les marchés

Du côté de la chambre d’agriculture, on s’inquiète de voir des productions très perturbées. La hausse des températures pendant la nuit notamment a fait pousser certains fruits ou légumes trop rapidement.

"Regardez les ananas par exemple", nous explique Eric Lucas. "Normalement ils sont prévus à Pâques, mais en ce moment ils mrissent tous en même temps". Ce qui explique entre autres une omniprésence de l’ananas dans les marchés.

Les letchis eux aussi vont évoluer différemment. "Ces fruits ont aussi besoin de frais, mais dans ce contexte, ils vont continuer à pousser et cela peut nuire à la période de floraison, qui a normalement lieu autour du mois de mai", explique Eric Lucas.

Les prix flambent sur les étals

La chaleur impacte les fruits et légumes jusque sur les étals de marchés. Retournons à Saint-Pierre, au milieu des tomates de Jean-Michel Moutama. Le maraîcher doit vendre ses tomates plus cher, faute de quantité. "En ce moment je les vends autour de 1,20 euro le kilo aux grandes surfaces, qui revendent les tomates autour de 2,20 euros ensuite. Mais je pense qu’elles vont bientôt passer à 1,50 euro. Et début janvier, je les vendais entre 80 et 90 centimes le kilo". Le prix a donc doublé en deux mois seulement.

Cette hausse des prix, Jean-Max Payet l’a observée avec les salades également. "Elles étaient à 50 centimes il n’y a pas si longtemps, là elles vont monter à 80 centimes". Les salades demandent beaucoup d’eau. Devenues plus rares avec les hautes températures, elles se vendent donc plus cher.

"Au moins on a pas eu de cyclone !"

Mais certains résistent et ne veulent pas brusquer leur clientèle. C’est le cas de Gérald Bègue, qui produit jusqu’à 100 tonnes de concombres par an. Selon lui, les aléas de la météo ne doivent pas brusquer la consommation : "Il faut garder ses clients. Moi j’ai décidé de ne pas bouger mes prix. Pour combler les pertes, je plante davantage de concombres, tout simplement".

Philosophe, il estime que chaque année est différente et que l’impact de la chaleur doit être relativisé. Il termine donc sur une note optimiste : "On fait avec. Après tout, nous avons eu de la chance dans notre malheur : cette année au moins, on a pas eu de cyclone dévastateur !". En effet, les cyclones, qui ont certaines années obligé les maraîchers à débâcher deux à trois fois leurs cultures, sont beaucoup plus destructeurs et menaçants pour nos chers légumes.

mm/www.ipreunion.com

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