Le vent et la pluie impactent les champs de canne

La mauvaise météo pourrait retarder la fin de la campagne sucrière

photo RB imaz press Réunion

Les planteurs l’ont bien remarqué, la météo n’est pas au beau fixe pour couper la canne. Depuis des jours, la pluie ne fait que tomber, notamment dans l’Est et les précipitations sont accompagnées de vents forts. De quoi impacter directement la campagne sucrière, censée se terminer d’ici quelques semaines. La saison cyclonique, avec son lot d’averses, est bien là. Fait rare : la concentration et le cumul de ces pluies. La récolte en pâtit, et les planteurs redoutent l’arrivée de cyclones, qui pourrait faire plonger la filière canne au plus bas. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

Les Réunionnais l'ont bien vu : il pleut, encore et encore depuis plusieurs jours sur l'île. L'Est, bien évidemment, est la région la plus touchée, mais l'ensemble de l'île est concerné.

Les dégâts dans les champs de canne commencent à se faire sentir. "On constate beaucoup de dégradations" explique Dominique Clain président de l'UPNA (Unis pour nos agriculteurs), "et ce n'est que le début, c'est ce qui nous fait peur".

Les planteurs n'arrivent plus à récolter. "Ça tourne au ralenti", nous dit Isidore Laravine, co-président de la CPCS (Commission paritaire de canne et du sucre) et membre de la CGPER (Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion). "Le samedi on fait habituellement 6.000 tonnes de canne dans l'Est, samedi dernier c'était 2.000".

Difficile en effet de travailler avec ces pluies. "De toute façon dès 8 mm de pluviométrie, on ne rentre pas dans les champs", ajoute-t-il.

Cette météo est pourtant loin d'être anormale, explique Patrick Thomas, responsable du service agronomique à Tereos. "Pour un mois de novembre ça ne me semble pas choquant. Mais le fait marquant c'est le cumul de ces pluies : 3 ou 4 jours sans interruption". Cette météo grisonnante et l'absence de soleil gênent énormément les planteurs.

Le tonnage en hausse, la richesse en baisse

Une conséquence directe, selon Jean-Michel Moutama, vice-président de la CGPER : "les plants de canne repartent en pousse, au détriment de la richesse". En effet le taux de sucre est dans ce cas moins concentré.

Ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour la filière canne, la richesse en sucre étant en baisse cette année. Dans une tonne de canne, on récolte 138 kg de sucre. La tonne de sucre est payée 40,09 euros à condition d'atteindre le seuil fixé à 13,8% de taux de richesse.

Mais pour l'instant les planteurs peinent à atteindre les 13% et tournent plutôt autour de 12,8%. Ce que confirme Dominique Clain, de l'UPNA : "on a facilement un point en moins". "

Et qui dit richesse en baisse, dit rémunération en baisse aussi. "C'est simple, si c'est moins, on est payé moins", résume Jean-Michel Moutama. Les aides de l'Etat viennent alors compléter les salaires des planteurs. Le tonnage, par contre, s'annonce plus volumineux cette année. En 2018, année catastrophique pour la canne, on comptait 1,45 million de tonnes. Cette année, les prévisions tournent autour de 1,75 million.

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Elles devraient s'avérer exactes, Patrick Thomas, de Tereos, le dit : "on décompte pour l'instant près de 900.000 tonnes à Bois Rouge, et 850.000 dans l'Usine du Gol". Pourtant certains syndicats sont plus mesurés et avouent ne même pas savoir s'ils atteindront les chiffres escomptés.

Une campagne sucrière qui pourrait s'étirer dans le temps

Si la mauvaise météo se poursuit, les syndicats de planteurs demanderont aux usines de rallonger un peu la campagne. "C'est difficile de pousser jusqu'aux fêtes de fin d'année, mais il faudrait qu'on puisse aller au-delà du 8 décembre. On va demander à rallonger d'une semaine", nous explique Isidore Laravine.

Le groupe sucrier Tereos n'est pas contre mais Patrick Thomas rappelle de toute façon "qu'il n'y a pas de date fixée. En 2017 la campagne s'est terminée officiellement le 23 décembre par exemple". Il nie donc la date du 8 décembre, qui n'a rien d'officiel selon lui. La fin de la campagne sucrière n'est normalement actée que fin novembre - début décembre.

"Est-ce qu'on tient compte du climat et de la météo pour caler la fin de la campagne ? Bien évidemment" ajoute-t-il cependant. "Tout le monde serait content s'il y avait plus de canne que prévu à la fin."

En attendant chacun y va de ses petits conseils. Dominique Clain, lui, conseille aux planteurs de "livrer avec modération" leur canne. "Il y a une baisse de richesse évidente, si les planteurs attendent ils peuvent peut-être gagner 2 points de richesse en plus, dans le cas où le soleil reviendrait abondamment d'ici la fin de la campagne."

Des attentes fortes pour la campagne 2020

La saison cyclonique est commencée, et avec elle le risque de tempêtes durant l'été. Bien entendu, personne ne souhaite voir apparaître de cyclone. La météo de 2018, année noire, reste gravée dans les esprits. "L'année dernière, nous avons vu passer 3 cyclones de faible intensité mais Fakear est arrivé tardivement, au mois d'avril", rappelle Patrick Thomas, de Tereos.

Cette année 2019 n'aura pas connu de cyclone mais elle n'en a pas été moins fatale pour l'agriculture. "Après les cyclones de 2018, nous avons connu la sécheresse historique de 2019", continue le responsable du service agronomique. "Si un ou des cyclones s'ajoutent à ces deux années difficiles sur le plan météorologique, ce sera très compliqué." Il faut normalement 3 ans pour se remettre d'une année particulièrement difficile.

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Cette campagne est très mitigée, sur ce point tout le monde est d'accord. "On pensait faire un peu mieux, mais on ne pouvait pas faire pire que 2018", estime Isidore Laravine.

Planteurs et sucrier misent tout sur la campagne sucrière de 2020, en espérant qu'elle bénéficie cette fois d'une météo clémente, pour remonter la pente. Pourtant les premières prévisions de Météo France ne sont pas rassurantes et plusieurs systèmes sont déjà envisagés dans l'Océan indien pour cet été.

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D'autant plus que l'aide de 38 millions d'euros allouée par l'Etat pour aider la filière canne dans les Outre-mer (dont 28 millions pour La Réunion) a très peu de chances d'être reconduite en 2021. Si l'enveloppe a bénéficié d'un sursis pour coller aux promesses du président, elle risque bien de disparaître l'année suivante.

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Isidore Laravine est formel : "si nous cumulons des cyclones cet été et la perte de l'aide de l'Etat l'année d'après, ce sera la mort de la filière".

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