Les magistrats vont statuer sur leur maintien ou non en zone d’attente

Soixante-huit migrants sri lankais au tribunal

photo : RB imaz press reunion

Soixante-huit des 72 migrants sri lankais arrivés à La Réunion ce mardi 5 février 2019 à bord de l’Imula, sont au tribunal de Saint-Denis ce samedi 9 février 2019. Un juge des libertés et de la détention (JLD) va statuer sur leur maintien ou non en zone d’attente où ils se trouvent depuis leur entrée dans l’île. Pour rappel, tous les migrants ont ont déposé une demande d’asile à la frontière. La plupart des demandes a été refusée par le ministère de l’Intérieur après un avis négatif de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). Quatre hommes ont obtenu le droit de rester sur le territoire français et ont été libérés. Les autres peuvent toujours faire appel de la décision devant le Tribunal administratif.

Les 68 migrants, dont 7 femmes et 5 enfants, sont arrivés au tribunal de Champ Fleuri à Saint-Denis en milieu de journée. Des JLD vont statuer sur le bien fondé ou non de leur maintien en zone d'attente, un lieu où, conformément aux lois sur les migrations, sont confinés les migrants dès leur arrivée.

L'audience a commencé avec du retard, à 15 heures au lieu de 14 heures. Devant le tribunal, des bénévoles et des militants de la Cimade, l'association qui accompagne les personnes étrangères dans la défense de leurs droits, attendent le début de l'audience. Parmi eux Elodie Auzole: "Nous sommes ici en observation, nous allons voir comment ça se passe, quelles vont être les plaidoiries des avocats et les arguments de la PAF (Police aux frontières ndlr)."

Pour la militante, les institutions sont de "plus en plus prêtes. Comme nous elles apprennent et elles mettent en place des procédures, fluidifient les choses. Elles font peut-être moins d'irrégularités. Cette fois-ci, en tant que Cimade, nous n'avons pas observé d'irrégularité particulière, si ce n'est que nous sommes très interloqués que les avocats n'ont pas pu intervenir en zone d'attente."

• Qu'est-ce qu'une zone d'attente ?

Les hommes arrivés ce mardi au Port-ouest ont été placés en zone d'attente dans un hôtel de Saint-Denis, celle de Gillot étant bien trop petite pour tous les accueillir. Seules les familles, mères, pères et enfants ont été conduit à l'aéroport Roland Garros.

"Une zone d'attente est un lieu d’enfermement de l’étranger, précise l'avocat Maître Ali Mihidoiri. C’est une zone d’accès très limitée, la loi prévoit spécifiquement les personnes qui sont autorisées à y accéder."

La période maximum de maintien dans cette zone est de 20 jours, sous contrôle du Juge des Libertés et de la détention. "Ce dernier intervient une première fois au bout de quatre jours pour décider, le cas échéant, d'une prolongation de 8 jours supplémentaires et une seconde fois au terme de ces 8 jours en vue d'une éventuelle prolongation exceptionnelle d'encore huit jours," signale l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

• Refus de l'asile

En parallèle de cette procédure, les migrants ont donc déposé une demande d'asile à la frontière. La plupart a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra).

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Selon les lois, l'étranger qui se voit refuser l'entrée sur le territoire après cette demande d'asile à la frontière est renvoyé vers son pays d'origine ou de provenance. Néanmoins il peut toujours déposer un recours devant le Tribunal administratif.

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• Quatre Sri-lankais ont été admis sur le territoire

Quatre personnes ont vu leur demande d'asile à la frontière acceptée. Ils ont donc été sortis de zone d'attente, la police aux frontières leur a délivrés un sauf conduit. Ils ont huit jours pour formuler une demande d'asile auprès des services préfectoraux. Cette demande sera instruite par l'Ofpra selon les modalités habituelles et pourra faire l'objet aussi bien d'une décision positive que d'une décision de rejet après examen au fond de la demande.

• Un voyage mystérieux

L'Imula" transporte environ 72 personnes dont cinq enfants et huit femmes. Il ressemble en tout point aux autres bateaux arrivés précédemment : des navires de pêches que nous trouvons très souvent au Sri-Lanka, nous expliquait il y a quelques semaines Anthony Goreau-Ponceaud, géographe, maître de conférences à l'Université de Bordeaux. Près de 4.000 kilomètres et 20 jours de navigation séparent l'ancien Ceylan et La Réunion.

Le voyage des Sri Lnakias arrivés à bord de l'Imula a duré vingt-quatre jours, et s'est fait sans escale, sans stop, sans arrêt, répète les deux migrants inerrogés par Imaz Press

Une traversée qui reste tout même bien mystérieuse... Plus de 4.200 kilomètres séparent les deux îles, et entre elles, un océan qui n’est pas calme tous les jours. Se pose aussi la question du stockage de vivres, d'eau et de carburant, pour 72 personnes... Les passagers de l'Imula n'ont pas souffert de déshydratation, malnutrition oud’insolation. Même les marins et les plaisanciers, habitués de la mer, étaient surpris.

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• "Des filières criminelles qui rançonnent des candidats à l’immigration"

Interrogé par Imaz Press après l'arrivée de deux bateaux de migrans en décembre dernier Frédéric Joram, secrétaire général de la Préfecture de La Réunion, soulignait "il y a manifestement des filières d’immigration illégales qui sont à l’œuvre, actives et de plus en plus actives depuis le mois de mars 2018. Elles organisent ces afflux. Il ne serait donc pas surprenant que ces filières mettent d’autres bateaux sur le chemin de La Réunion. Nous parlons de filières criminelles qui rançonnent des candidats à l’immigration, qui mettent en danger leur vie, qui exploitent leur souhait de quitter le Sri Lanka en faisant des bénéfices financiers colossaux. C’est un trafic d’êtres humains. Elles font l’objet d’une enquête judiciaire".

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Le jeudi 17 janvier 2019 le Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez indiquit que "ce sont plusieurs navires qui ont été empêchés de quitter le Sri-Lanka pour se rendre à La Réunion." Il répondait à une question posée par le sénateur Jean-Louis Lagourgue.

"Nous allons avoir une réunion avec les autorités du Sri-lanka à la Direction générale des étrangers en France qui se tiendra le 25 janvier pour aborder précisément cette thématique," avait informé le Secretaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur. "Notre ambition est (…) d’être ferme pour éviter que ne se reconstitue une filière d’immigration clandestine du Sri-Lanka vers La Réunion, et au final une nouvelle filière de traite des êtres humains"

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• Pour rappel, C'est la sixième fois qu'un bateau de migrants tente d'accoster à La Réunion, le cinquième qui y parvient

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