Réunion lundi 23 mars 2020
Double peine

Oubliés de la vie, les sans-abri sont aussi oubliés pendant la crise sanitaire

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Depuis ce mardi 17 mars 2020 à 15 heures (heure locale), les Réunionnais, comme l’ensemble des Français, sont consignés à domicile. La pandémie de coronavirus touche toute la population, mais pour les personnes sans domicile fixe (SDF), dont la santé est déjà fragilisée par la vie dans la rue, où donc se confiner ? Que faire en cas de contamination ? Comment subvenir à ses besoins alimentaires alors que plus personne ne déambule dans les rues ? Autant de questions qui ne trouvent pas encore forcément de réponse. (Photo rb/www.ipreunion.com)

Depuis quelques jours, le gouvernement, les collectivités locales, et surtout les acteurs sociaux, s'attèlent à ces problématiques, qui passent parfois au second plan de la forte activité médiatique autour de la pandémie. Avant le début de la période de confinement, le gouvernement a précisé que l’aide alimentaire était sur la liste des activités toujours autorisées.

Un soulagement la Fondation Abbé Pierre, qui vient en aide aux personnes vulnérables. “On anime un réseau de trois boutiques solidarités à La Réunion, des lieux d’accueil de jour qui accueillent habituellement des personnes à la rue : une à Saint-Denis, une à Saint-Pierre, et la dernière à Saint-Joseph”, explique Mathieu Hoarau, directeur de la Fondation sur l’île.

“Dans le contexte actuel, on a mis en place un service minimum dans les trois boutiques. Il y a un certain nombre d’activités qu’on a dû mettre en suspens pour respecter les consignes de sécurité, mais on continue à apporter des réponses aux besoins de première nécessité, comme les petits-déjeuners, de façon à ce que les personnes puissent quand même avoir accès à l’alimentation.”

Nous sommes allés à la rencontre de Jules (prénom d’emprunt), sans-abri à Saint-Denis, qui affirme connaître les mêmes difficultés qu’auparavant : “Ça ne change pas grand-chose pour moi, si ce n’est que les rues sont plus aérées”, sourit-il. Pour se nourrir, Jules compte sur la générosité des clients sortant des boulangeries encore ouvertes, et des passants munis de leurs attestations.

- Saint-Pierre montre l'exemple -

la Fondation Abbé Pierre, on s'active, dans l'urgence, pour que certains lieux restent ouverts et accueillir les sans-abris. "J'ai pu mes douché dans un centre, cette semaine", relate Jules. Un luxe qui ne devrait pas l'être, pour lequel il remercie le travail des associations réunionnaises mobilisées pour ceux qu'on oublie trop souvent.

"On est dans contexte où la solidarité se poursuit et s’organise. En fonction des lieux, il y a encore un service qui se fait, notamment sur l’accès à des douches, à de l’hygiène pour pouvoir garder de la propreté et se prémunir du risque de contamination. On essaye de structurer cette solidarité et de s’articuler avec les autres partenaires associatifs, mais aussi avec les pouvoirs publics", indique Mathieu Hoarau. "En fonction des communes, il peut y avoir une animation. C’est le cas à Saint-Pierre, qui a organisé une concertation avec les acteurs associatifs. Ce n’est pas le cas dans toutes les communes. On a besoin que les mairies via leur CCAS puissent coordonner l’action sociale pour éviter que des personnes se retrouvent totalement isolées."

Lire aussi :Contre le coronavirus la solidarité entre particuliers s'organise sur internet

Jules témoigne d'un incident impliquant un autre sans-abri, qu'il connaît, et qui aurait pu mal se terminer sans l'intervention d'autres camarades à la rue et le bon sens tardif du fonctionnaire de police. "Il s'est fait contrôler par la police, qui lui demandait le papier. Il a expliqué qu'il n'avait pas de domicile. Le policier a insisté, après il a compris et a laissé tomber."

Un exemple n'ayant pas donné lieu à une absurde contravention, comme cela a déjà été le cas en Métropole, mais illustrant un certain décalage entre la majorité de la population et celle tentant de survivre dans un contexte où les possibilités de faire la manche et chercher des colis alimentaires sont moindres. "On voit bien qu’il y a un problème par rapport à la prise en compte de ce public à la rue", lamente Mathieu Hoarau. "Je pense à une dame qui nous demandait pourquoi les gens étaient avec des masques et des gants dans la rue... On voit la désinformation qu’il y a sur ce qui est en train de se passer au niveau mondial pour certaines personnes. Il y a un besoin de pouvoir aller à leur rencontre pour les informer, les sensibiliser. Il y a un vrai travail à faire si on veut limiter les risques d’infection."

- "Des centres de desserrement" -

Les salariés et bénévoles de la Fondation Abbé Pierre travaillent avec les collectivités locales et pouvoirs publics pour réquisitionner des logements, des hôtels, et permettre aux personnes à la rue d'être également confinées. Le gouvernement et les autorités de santé, de leur côté, étudient la création de "centres de desserrement", pour isoler les personnes sans domicile infectées par la covid-19, mais dont l’état ne nécessiterait pas une hospitalisation. "On prévoit un centre par région, voire un par département dans les territoires les plus étendus", affirme le ministre du logement Julien Denormandie.

Le ministre du logement a par ailleurs annoncé que la trêve hivernale, qui permet aux locataires en grandes difficultés d’éviter les expulsions de leur logement entre le 1er novembre et le 31 mars, serait également prolongée de deux mois.

Lire aussi :Demande d'annulation des loyers commerciaux suite aux mesures prises contre le COVID-19

Des annonces qui peinent encore à se voir sur le terrain, surtout à 9000 kilomètres de Paris. "On avait posé la question à nos interlocuteurs des services de l’Etat avant même les annonces du ministre. On sait que c’est un sujet a priori en réflexion, mais aujourd’hui on n’a pas eu de confirmation. J’ai écrit à la sous-préfète Isabelle Rebattu pour avoir des informations. J’attends des réponses pour savoir ce qui va s’organiser, parce que notre solidarité pour continuer d’assurer un service minimum n’est pas viable dans la durée", s'inquiète Mathieu Hoarau.

Pour les personnes vivant dans les rues réunionnaises, fragilisées par leur statut et plus vulnérables au niveau sanitaire, la situation presse tout autant, voire plus encore que le reste de la population.

aa / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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