Élections européennes

Pour la première fois, les détenus pourront voter depuis leur prison

prison de Domenjod

Des bulletins, des enveloppes électorales et des barreaux. Pour la première fois, les détenus de France, de Navarre et des Outre-mer pourront voter directement depuis la prison, grâce au vote par correspondance. C’était une promesse d’Emmanuel Macron. L’expérience sera tentée pour les européennes qui se tiendront dans quelques semaines. A Domenjod, tout se prépare pour les 29 détenus inscrits sur les listes électorales.

"On l’appelle le VPC, le vote par correspondance. Pour la première fois, ce sont les détenus, eux-mêmes qui mettront leur bulletin dans l’enveloppe," explique une source administrative du Centre pénitentiaire de Saint-Denis.

"Beaucoup pensent que les gens qui sont en prison n’ont pas le droit de vote. Ce n’est pas vrai. Le retrait des droits civiques est une peine particulière," signale Vincent Pardoux, secrétaire régional de FO-Pénitentiaire. Depuis la réforme du code pénal de 1994, la déchéance des droits civiques n’est en effet plus automatique après une condamnation. Les détenus conservent ainsi leur droit de vote, même derrière les barreaux. Sur le papier ils peuvent voter, dans la pratique, avant le VPC, c’était plus compliqué. Deux options s’offraient à eux : la procuration ou faire une demande de permission de sortir pour glisser sa voix dans l’urne le Jour J. Ces mécanismes étaient lourds à actionner.

Pour la procuration, la difficulté était de trouver un mandataire inscrit dans la même commune… Plutôt décourageant. Pour la permission de sortir, de nombreux détenus n’étaient pas éligibles. Pour les autres, elle pouvait être refusée, et ce à quelques jours du scrutin. De plus, les prisonniers préféraient l’utiliser pour voir des proches.

Les chiffres parlent d’eux mêmes, lors de la présidentielle de 2017, seulement 853 procurations avaient été effectuées et environ 200 permissions de sortir avaient été accordées dans toute la France. Plus généralement, sur les 55.000 détenus ayant conservé leurs droits civiques, le taux de participation dans les prisons varie entre 4 et 8 % selon les élections…

A Domenjod, 29 détenus voteront

"Toute une campagne a été réalisée en amont pour informer les détenus et savoir s’ils voulaient participer. Il y avait quelques obstacles devant eux, ils devaient par exemple avoir une pièce d’identité à jour, mais à La Réunion, ce problème s’est peu posé. Ensuite ils devaient s’inscrire sur les listes électorales," indique une source administrative du centre pénitentiaire de Domenjod. Des démarches qui peuvent paraître simples et évidentes, mais qui ne le sont pas forcement derrière les barreaux. "C’est compliqué, il y a de la paperasse qui demande beaucoup d’investissement de la personne," ajoute-t-elle.

Résultat: sur les 500 détenus de Saint-Denis, ils seront 29 à pouvoir voter. "C’est déjà pas mal, pour une élection où nous avons habituellement un fort taux d’abstention au niveau national. C’est bien," se félicite l’administration pénitentiaire. Sur toute la France, ce sont 5.342 personnes détenues qui pourront voter, sur 55.000.

Ni urne, ni isoloirs, mais la démocratie entre en prison

Pour le moment, la date précise du vote n’est pas communiquée. Il devrait se dérouler entre le 18 et le 22 mai. Les détenus inscrits, en possession des bulletins seront conduits dans une pièce où ils glisseront, seuls, leur voix dans l’enveloppe. Celle-ci sera ensuite remise au greffe de l’établissement pénitentiaire, qui sera chargé de l’envoyer, sous pli, à Paris. Les bulletins de toutes les prisons de France seront dépouillés le jour du scrutin, le 26mai, par une commission électorale spécialement désignée.

Il n’y aura donc pas d’urnes ni d’isoloirs, mais c’est déjà beaucoup et derrière les murs des prisons, "il y a un intérêt pour la politique, un intérêt pour l’Europe. Et faciliter l’accès au droit de vote aide à la réinsertion: cette réinsertion passe aussi par les droits civiques," estime une source à Domenjod. L’idée? Participer à la citoyenneté pour devenir un acteur de la société.

Ce ne sera pas la première fois que la République et la démocratie franchiront les murs des centres pénitenciers réunionnais. Lors du Grand débat national, plusieurs réunions se sont organisées en leur sein. Les débats s’étaient organisés autour des quatre grandes thématiques retenues par l’exécutif: la fiscalité et les dépenses publiques, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté, l’organisation de l’Etat et des services publics. A Domenjod, "nous avons eu du monde. J’ai été étonné je pensais que ce débat allait être un bide dans la prison. Finalement, les détenus ont répondu présents. Ils étaient un peu plus d’une trentaine à chacune des deux réunions de prévues, en présence de Jacques Lowinsky," explique Vincent Pardoux.

Juste une "expérimentation"

Petit bémol: ce dispositif pour les élections européennes n’est qu’une expérimentation. Dans Libération, le ministère de la Justice le précise: "ce dispositif est propre aux élections européennes et ne pourrait être opérant que pour certaines élections à circonscription nationale." En effet, étant donné que les suffrages seront centralisés à la Chancellerie à Paris, il serait difficile de le reproduire pour des élections locales comme les municipales de 2020. "Nous travaillons déjà en interministériel à un dispositif pérenne de vote des détenus," ajoutait le ministère dans le quotidien.

nt/www.ipreunion.com

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