Chez tous les bailleurs sociaux

Locataires, vous pouvez toujours payer vos loyers en espèces

Gabier à Saint-Denis (Photo Marie Trouvé)

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Les 26 000 locataires de la SIDR (société immobilière du département de La Réunion) ont été informés par courrier qu’à partir du 1er octobre, le bailleur social n’accepterait plus les règlements en espèces. Enfin si, dans une seule agence, celle du Port. La mesure a fait des vagues, pour certains locataires, faire le chemin jusqu’au Port n’est pas toujours aisé. Sous la pression de la CNL (confédération nationale du logement), le bailleur social a fait volte-face, argumentant qu’il s’agissait d’une erreur de communication "on cherche à réduire les paiements en espèces pas à les supprimer." Quelle est la position des autres bailleurs sociaux sur la question ? Est-il possible d’imposer des paiements dématérialisés dans l’un des départements où la population utilise le plus d’argent liquide ? La réponse est oui. (Photo d’illustration)

Une maladresse...

La décision de la SIDR n’avait rien d’anodin et elle faisait partie d’un plan initié il y a plusieurs mois pour pousser les locataires à opter pour d’autres moyens de paiement. "Déjà pour une question de sécurité" explique Lova Ravelonanosy, responsable relation client chez le bailleur social "ce sont des flux énormes en terme de personnes et de gestion de fonds du 5 au 15 du mois, on n’est pas à l’abri d’un incident, de l’erreur de caisse au braquage" argumente-t-elle.

Aujourd’hui, 6.000 locataires paient encore leur loyer en espèces. Le bailleur, lui est entré dans une phase de modernisation des moyens de paiement et privilégie les virements ou les règlements par carte bancaire. Le courrier envoyé était une sorte de coup de pression pour "bouger les lignes, que la masse des locataires opte plus rapidement pour un autre moyen de paiement mais évidemment, il n’a jamais été question qu’un agent refuse des espèces, c'est vrai que le 1er octobre, c'était peut-être un peu ambitieux..." plaide la responsable relation client de la SIDR.

"Illégal" répond la Cnl

"Dans tous les cas, refuser des espèces est illégal" répond Érick Fontaine, l’administrateur de la CNL. Prévenu de la problématique par des locataires inquiets, Érick Fontaine est tout de suite monté au créneau"parce-que ce serait hors la loi, sauf si le paiement dépasse 1000 euros, là on peut imposer un autre moyen de paiement, mais on est loin de cela"s'indigne-t-il. Après avoir rencontré la direction de la SIDR qui campait sur ses positions, il n’a pas écarté l’hypothèse d’aller en justice "le bailleur veut contraindre les locataire à basculer vers le prélèvement automatique pour une seule raison: aujourd’hui, le loyer est le seul moyen de pression des locataires. Les paiements automatisés, alors le locataire n’aura plus aucune prise sur le bailleur."

Finalement, la SIDR s'est assouplie mais l’administrateur de la Cnl n'est pas rassuré pour autant "on part vers une dématérialisation, l’une des conséquences, c’est la fermeture des agences, le bailleur ne remplira plus sa mission sociale, l’accompagnement des locataires, le dialogue, ce sera alors perdu."

Pour la Shlmr et la Sodiac, la question ne se pose pas

Pour la SHLMR (Société d’Habitations à Loyer Modéré de la Réunion) et la SODIAC (Société Dionysienne d'Aménagement et de Construction), deux autres bailleurs sociaux, il n’est pas question d’arrêter les encaissements en espèces.

"Bien sûr, le fait de manipuler de l’argent dans les agences pose un problème de sécurité donc évidemment, nous essayons de diversifier les moyens de paiement mais le réglement en espèces reste un moyen de paiement pérenne, nous n’envisageons pas de revenir dessus" explique-t-on du côté de la SODIAC. Aujourd’hui, 60% du volume de loyers hors Caf sont payés en espèces.

Face à cet afflux de paiement en espèces, la SHLMR s’est adaptée. "Nous avons mis en place des bornes automatiques qui encaissent l’argent liquide." Neuf bornes ont été installées dans les dix agences de l’île il y a une dizaine d'années. Leurs fonctions ont évolué en même temps que les usages, elles prennent les espèces, la carte bancaire et bientôt les chèques. Les agents n’ont plus à manipuler d’argent liquide, c’est aussi un gain de temps. Il faut dire que les paiement en espèces représentent 43% des encaissements du bailleur. "De plus, il y a aussi la possibilité de payer en plusieurs fois sur ces bornes" indique la SHLMR avant d'ajouter "pour le moment, refuser les paiements en espèces n’est pas à l’ordre du jour."

Un fonctionnement qui inspire d’autres bailleurs, Lova Ravelonanosy de la SIDR indique qu’"un projet de mutualisation de bornes avec d’autres bailleurs est en pourpaler."

Les Réunionnais fidèles aux espèces

En même temps, refuser les paiements en espèces à La Réunion n'est sans doute pas un très bon calcul car notre département fait de la résistance. Dans une étude de l’IEDOM (institut d’émission des départements d’Outre-mer) publiée en 2018, les spécialistes soulignaient que La Réunion était à contre-courant, la circulation d’argent liquide dans le département avait augmenté de 5,4%.

fh / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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