Le surf péi à la recherche d’un second souffle

photo RB imaz press renion

Que va devenir le surf réunionnais ? C’est une question qui revient souvent et à laquelle il est difficile d’apporter une réponse convaincante. C’est aussi une question qui est souvent évitée mais qui est pourtant légitime. C’est enfin une question qui intéresse les pratiquants qui eux même ont du mal à y répondre. Une certitude : le pôle espoir de surf est en perte de vitesse mais n’est pas mort

Fortement impacté par la crise requin, le surf péi cherche de nouvelles pistes à son développement. Même si quelques free surfeurs continuent d’aller à l’eau de Saint Pierre à Trois Bassins, la règlementation en vigueur l’interdit et le seul moyen de surfer en toute légalité est de pratiquer dans le dispositif mis en place par la ligue avec les vigies.

La condition est donc d’être licencié à la fédération française de surf pour bénéficier des assurances de cette dernière. Ce dispositif, qui se déploie du mercredi au dimanche à l’Ermitage, aux Brisants ou aux Aigrettes, a d’abord été mis en place pour le pôle espoir surf et pour les clubs puis ouvert aux licenciés compétition. Il est aujourd’hui le seul moyen de partiquer pour le pôle espoir constitué de 14 athlètes dont 8 surfeurs et 6 bodyboardeurs, sous la houlette des coachs de la ligue.

Ce pôle régional de surf est aujourd’hui le passage obligatoire des jeunes surfeurs péï vers le haut niveau. Indispensable pour légitimer la pratique du surf au niveau régional et national, le pôle est non seulement un outil de formation de jeunes talents mais aussi un formidable outil de communication pour le surf local. En 2017, lors des derniers championnats de France, il a notamment permis à la Réunion de terminer seconde région au classement général de la compétition derrière la Nouvelle Aquitaine, grâce en partie aux bodyboardeurs qui ont su raméner 5 médailles.

- Essentiel pour le surf local -

Malgré un contexte difficile à la Réunion, le pôle espoir reste essentiel pour le surf local de manière à permettre à la Réunion d’exister sur le plan fédéral. Pour cela, la ligue se donne les moyens de ses ambitions, avec notamment l’arrivée d’Amandine Ong en début d’année en tant qu’agent de développement sportif et conseiller technique pour palier le départ de Nicolas Berthé, conseiller technique national pour les Dom Tom auprès de la fédération en poste à la Réunion et rappelé dans le sud-ouest fin 2017 pour une mission en vue des futurs Jeux Olympiques (Centre de Rassemblement des Elites).

"Je n’abandonne en aucun cas le surf à la Réunion" nous à déclaré Nicolas Berthé. Officiellement, il est toujours à la tête du pôle espoir régional puisqu’il coordonne les pôles et les équipes techniques régionales des DOM ; cette mission occupe 30% de son emploi du temps contre 70% pour le "national" avec les équipes de France jeunes, le suivi sur les Pro Juniors et WQS et le CRE. Amandine Ong est désormais son relais sur place, souhait de Nicolas Berthé depuis 2 an, et il peut ainsi gérer l’administratif à distance et revenir deux fois par an sur l’île pour former les cadres, le suivi du pôle, le suivi médical des athlètes et entretenir les relations avec les partenaires.

La jeune femme, titulaire du brevet d’état surf et juge national, a donc en charge plusieurs missions auprès de la ligue, sur le terrain avec la gestion des compétitions, des sportifs et des coachs, et sur le plan administratif avec le suivi du pôle entre autres. Véritable relais entre les jeunes athlètes, les parents et le CTN, Amandine Ong, est revenue s’installer à la Réunion après un break en métropole à cause de la crise requin. Son retour a été motivé par la passion de son sport, l’amour pour son île et aussi son optimisme communicatif pour l’avenir du surf. Aujourd’hui, elle dispose d’un contrat d’un an pour (re)développer un pôle mais aussi toute une pratique avec tout un tas de projets à court et moyen termes.

- Permettre au surf réunionnais d’exister sur la scène nationale -

Avec les coachs surf et bodyboard de la ligue que sont Raphael Rajerinera, Alexis Gazzo et Aurélien Meynieux, l’encadrement du pôle est complété avec Laury Grenier en tant que préparateur physique. Ces compétences, Amandine Ong et Nicolas Berthé, appuyés par leprésident de la ligue Eric Sparton, comptent bien s’en servir pour permettre au pôle de se développer. Chaque année, l’objectif principal reste les championnats de France ; révolu est le temps où l’on formait des Johanne Defay, des Cannelle Bulard ou des Maxime Huscenot.

Permettre au surf réunionnais d’exister sur la scène nationale est la mission principale du pôle espoir. Pour poursuivre cet objectif, il faut à nouveau pouvoir former, détecter, recruter de nouveaux compétiteurs pour alimenter le pôle et donc donner "la priorité à la relance des écoles de surf" confie Nicolas Berthé, qui sont "la base du recrutement du haut niveau".

Même passionnés, les encadrants de la ligue sont réalistes et savent bien que malgré leur volonté et leurs moyens, l’avenir du pôle est en sursis tant que les écoles de surf ne pourront pas reprendre une activité normale. La solution passe probablement par l’élargissement et la duplication du dispositif pour pouvoir accueillir davantage de monde à l’eau, y compris des écoles de surf, de manière à pouvoir former de nouveaux pratiquants, aux quatre coins de l’île. Comme le dit Raphael Rajerinera, coach bodyboard et vigie, il est aujourd’hui inpensable d’accueillir des débutants sur les spots de l’Ermitage et des Aigrettes, trop compliqués pour des novices...

Il y a dix ans à peine, les licenciés dépassaient largement le millier, pour seulement 500 aujourd’hui, après quelques années à à peine 300 ! Dans ce contexte, il est difficile de voir émerger de nouveaux talents. Si la ligue veut rendre la mer accessible aux surfeurs dans des conditions optimales de sécurité, pour alimenter à nouveau son pôle d’excellence régional, cela passera forcément par l’installation de filets et l’élargissement du dispositif des vigies, pour fédérer à nouveaux les amateurs de glisse.

- Quelques uns des meilleurs surfeurs du monde -

Certains d’entre eux sont partis pour poursuivre leurs objectifs sportifs comme Mathis Crozon par exemple qui a rejoint le pôle France de Bayonne pour son année de terminale ; d’autres jeunes talents comme Nicolas Capony ou Enzo Secrettand s’accrochent à leur caillou et portent le projet de la ligue via le pole espoir et grâce notamment à l’équipe encadrante de la ligue.

Après avoir vu passer dans ses rangs quelques uns des meilleurs surfeurs du monde, le pôle espoir est en perte de vitesse mais n’est pas mort, grâce à une ligue qui se projette et cherche de nouvelles pistes pour aller de l’avant et proposer de nouveaux contenus d’entrainement à ses athlètes. La principale difficulté est l’adaptation d’une pratique et d’un pôle de haut niveau à un contexte particulier. Et nul doute que cela passera avant tout par des moyens humains avec des personnes impliquées et passionnées comme nous avons rencontré.

Pour rappel

Avec environ 170 sessions sécurisées sur l’année 2017 pour les surfeurs du pôle, on est loin des années où l’on pouvait surfer quasiment tous les jours de l’année. Pourtant, cela représente presque un jour sur deux sur l’année ! Pas assez certainement pour un athlète de haut niveau et pour cela, Amandine Ong, appuyée par son équipe et la ligue, devrait mettre en place plusieurs projets en 2018 :


• Des stages sur toute l’année : ça commencera en février avec un stage bodyboard encadré par Amaury Laverhne, un stage de ligue pendant les vacances de mars, puis en Afrique du sud au mois de mai, avec Johanne Defay en juin, et enfin la métropole (ou les Canaries) en juillet pour une période un peu plus longue. Les objectifs sont multiples : cotoyer des champions pour apprendre de leurs expériences, s’ouvrir à d’autres pistes de travail et axes de progression et aussi aller hors département pour bénéficier de conditions de surf plus sûres.


• Des entrainements tous les jours : les athlètes du pôle ont des horaires scolaires aménagés pour s’entrainer, notamment les jeudi et vendredi après midi, toute l’année. Mais quand les conditions ne permettent pas le déploiment des vigies, rien ne se passe. Pourtant, ils sont censés être encadrés par le pôle. Cela devrait donc changer avec un planing plus cadré des coachs pour pouvoir assurer des entrainements même en cas d’absence de surf. Cela passera par de la préparation physique, de l’apnée, du skate...


• Des détections plus sélectives : pérenniser l’activité du pôle, c’est aussi assurer la détection de nouveaux "élites". Cette année sur les 14 jeunes du pôle, 6 sont stagiaires et pourraient à terme être titularisés ; ils doivent faire leur preuve s’ils veulent faire partie des 8 titulaires dont les frais sont pris en charge à 100% pour participer aux championnats nationaux. Ouvrir le dispositif des vigies à tous les licenciés compétition est un premier pas vers une détection plus large. Il faudrait maintenant pouvoir ouvrir le dispositif à encore plus de monde (24 surfeurs max par session) avec notamment le déploiment sur d’autres communes prêtes à accueillir le dispositif et employer leur propre équipe.


• Transmettre des valeurs : c’est la mission principale du pôle. Les athlètes sélectionnés ont la chance de bénéficier de conditions spécialement mises à leur disposition. La ligue croit en eux et leur donne les moyens de réussir. En retour, elle attend d’eux de l’engagement et de l’exemplarité pour véhiculer les valeurs du surf auprès du pubic et des autres surfeurs qu’ils cotoyent au quotidien.

sp pour www.ipreunion.com

 

mots clés de l'article : sport , surf , bodyboard , glisse , Sports , Pôle Espoir , Actus Reunion

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